- T'as un copain ?
- Oui.
- Eh bien maintenant t'en as deux !
- Dites moi, monsieur Sergueï Nimov Nemovitch, avez-vous dit bonjour à votre femme récemment ?
- Euh, non, pas depuis hier. Mais vous ? Madame Nimov Nemovitch, vous avez dit « je t'aime » à votre mari, récemment ?
- Non, pas depuis 100 ans. J't'ai jamais dit « ornithorynque » non plus, et je pense qu'il faut réparer cet oubli. Ornithorynque.
Je vous présente ma vie vers 35 ans. J'avais tout. Une femme, deux enfants, trois potes, 4 crédits, 5 semaines de vacances, 6 ans dans la même boite, 7 fois mon poids en matériel hi-fi, 8 coïts conjugaux par trimestre, 9 fois le tour de la terre en emballages plastiques, couvercles de polystyrène et autres packaging alimentaires non biodégradables et 10 ans sans voir mon père. Le bonheur. La panoplie du parfait tyran dont j'avais rêvé toute mon enfance.
Tout a commencé avec un mot dégouttant qui voulait rien dire du tout, un mot comme « métastase », pourquoi pas mammouth pendant qu'on y est.
- T'as quelqu'un dans ta vie ?
- Quelqu'un dans mon lit tu veux dire ? Pourquoi tu me demandes ça ?
- Pour rien... Juste une dialectique conflictuelle sur l'état du c½ur.
- Dialectique conflictuelle... On dit aussi conversation non ?
- Elle s'appelle Christelle, jolie non ?
- Non
- Et elle porte la même robe que toi y a 4 ans. C'est moi qui lui ai offerte. Tu te souviens de ce jour là où tu m'as dis que je serais jamais cap te faire du mal ? Cap. Cadeau. Comme ça on est quitte.
- Tu nous présentes maintenant ?
- Christelle Sophie. Sophie Christelle. Ma futur. Mon passé.
- Alors, t'es amoureuse ? T'es pas obligée de répondre, c'est juste une question.
- J'ai personne dans mon lit si c'est ce que tu veux savoir... Enfin, personne que je n'puisse changer avec les draps. Il est footballeur, il s'appelle Sergueï Nimovnemovitch... Enfin s'appelait je l'ai largué ce matin.
- Comment t'as pu sortir avec un mec qui a un nom à coucher dehors ?
- Bah justement j'en avait marre de coucher dehors.
- Et depuis ce matin, rien d'autre ?
- A part Sergeï ? Euh... Greg son copain, Jérôme son père, un François, deux trois Kévin, le prince de Cendrillon, les droïdes de la guerre des étoiles enfin tu vois rien de bien sérieux. Un c½ur à prendre.
Le problème, c'est que même si tu m'disais « je t'adore » j'te croirais pas ! Je sais plus quand tu joues et quand tu joues pas. J'suis perdue... Attends deux secondes, j'ai pas fini... Dis-moi qu'tu m'aimes... Dis-moi juste que tu m'aimes. Parce que moi j'oserai jamais te l'dire la première, j'aurais trop peur que tu crois qu'c'est un jeu...
-Les amis c'est comme les lunettes, ça donne l'air intelligent, mais ça se raye facilement et puis, ça fatigue. Heureusement, des fois on tombe sur des lunettes vraiment cool ! Moi, j'ai Sophie.